Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Il joue avec mon humeur, et je me demande si je vais pouvoir tenir.
Quelques 365 jours, voire un peu plus, et je ne sais pas si je pourrais encore tenir. L'impression que les journées passent et que mes illusions s'effacent. Au fur et à mesure. Je fais des rêves étranges... Et je ne peux me résoudre à l'idée que ces pensées là font partie de moi. J'avais tout, j'ai tout pour être heureuse, pour regarder ma vie avec envie.
Mais je tombe en désillusions lorsque je sens les larmes s'accrocher au bout de mes cils. Je rêvais de longues soirées enlacés, de baisers passionnés, d'étreintes qui me feraient chavirer... Et rien, non, rien de tout cela n'existe dans ma nouvelle vie. Rien, ou si peu, que mon corps clame le manque et mes rêves font le reste. Je ferme les yeux pour m'imaginer cette vie que je voulais, palpitante, heureuse, remplie de sourires et de choses douces.
Certains soirs, je me demande même si je n'ai pas fait une erreur... J'ai cédé à mes caprices, je m'étais jurée de ne rien regretter, d'assumer pleinement ce désir de vie à deux. Et quelquefois, lorsque la nuit m'enveloppe, lorsque la seule étreinte est celle du sommeil, j'ai peur. Peur de n'avoir pas été assez mûre, moi qui aime à clamer le contraire. Peur d'avoir fait le choix de la folie, le choix impulsif...
Oui, j'ai peur. Cette peur vissée au fond du ventre, comme un trou béant que rien ne pourrait combler. Pourtant, je sais qu'il ne ferait rien pour me rendre malheureuse, qu'il n'a qu'une envie, c'est de m'entendre rire, de construire une jolie vie à deux remplie de belles choses, douces choses, de donner vie à ses projets qu'on se plaît à évoquer...
Je sens comme une lassitude de tous ces gestes que je répète à l'infini, de ces tâches répétitives à loisirs... Je ne me sens pas à ma place lorsque j'use ces objets anti-romantiques au possible, et pourtant, je m'évertue à briquer ce nid de fond en comble, tout en sachant que je l'exaspère, et que je me déteste de jouer à la perfectgirl... Mais cette façon de contrôler ce qui m'entoure me rassure d'une certaine façon. Même si je me retrouve en sueur, éreintée, et avec un sentiment de folie douce qui s'infiltre tout doucement dans mes veines...
Je sais qu'il ferait tout pour moi, qu'il décrocherait la lune et les étoiles si jamais j'en faisais le voeu.
Je sais que ses études sont importantes, qu'il joue son avenir (ou presque) avec cette fichue thèse... Thèse qui nous éloigne. Ce sentiment d'immense solitude commence lorsque le soir, je me retrouve seule. Dans ce salon vide. Vide de ce nous que je cherche à tâtons. Et lorsque je rejoins les draps, je pénètre dans un monde différent. Où ce ne sont pas les lois de la chair qui prédominent, mais celles du papier et des recherches...
J'en demande peut-être un peu trop. Je suis peut-être (sûrement) trop exigeante.
J'ai peut-être aussi besoin de grandir encore un peu. Mon corps m'affiche femme. Ma tête pense (encore un peu) comme une enfant. Comment faire la part des choses, comment ne pas sombrer dans la folie, comment ne pas se couper des autres, lorsque les dilemnes s'avancent?
Mes illusions de petite fille se fânent peu à peu, à mesure que les jours passent et que nos gestes tendres s'espacent. Je voudrais de la douceur chaque jour. Sentir ses mains sur ma peau, coller mon corps au sien chaque heure. Déambuler main dans la main en n'ayant rien d'autre en tête que de partager ce temps si précieux que la vie nous donne. Effacer les obligations injustes, et faire un emploi du temps parfait, où seules nos envies seraient gravées.
Les incertitudes se bousculent dans ma tête. Demain, où serons-nous? Partir, nous l'avons évoqué des dizaines de fois, si ce n'est plus. Mais où? Et quand? J'aime l'aventure, mais j'aime aussi savoir où je vais. J'ai besoin de repères, de choses fixes...
Ce soir, nous allons à l'opéra. Il me l'a offert pour mon anniversaire. 24 ans... Ce chiffre sonne étrangement à mes oreilles. Comme si j'étais passée de 18 à 24 avoir vu le temps passer.
J'aspire à plus de sérénité. Peut-être la trouverai-je ce soir, dans les chants de "Norma"? Peut-être verrais-je le signe qui me murmurera que tout ira bien. Qui balaiera mes incertitudes, mes doutes, mes reproches, mes colères, mes cris...
J'ai bien envie de sécher mes larmes...